Quand la musique est bonne

Adieu ; au revoir ; à bientôt. Lorsqu’il est temps de s’en aller, chacun prend la tangente à sa manière. Certains s’éclipsent sur la pointe des pieds, d’autres au son des fanfares. De mon côté, redoutant affreusement le silence assourdissant des espaces infinis, je fais le pari très pascalien, de lever l’ancre enveloppé d’une douce mélopée. Non pas le chant des sirènes auquel je ne pourrais, pas mieux que les compagnons d’Ulysse, résister, mais quelques notes douces et sucrées qui n’auront de cesse de me rappeler le bonheur passé.

Il est un air pour qui je donnerais

Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber,

Un air très vieux, languissant et funèbre

Qui pour moi seul a des charmes secrets

Ainsi débute Fantaisie, poème de Gérard de Nerval. Un air et des charmes secrets, véritable madeleine de Proust musicale. Quelle fascination que le pouvoir évocateur de la musique ! Quelques notes suffisent à nous remémorer un beau souvenir, à esquisser les traits d’un être cher. La musique possède ce pouvoir divin de saisir le présent et de capturer le souvenir. Ma vie est ainsi cadencée de douces mélopées et, au fil du temps, le disque s’allonge. Petite confidence, deux pistes se sont emparées des premiers mois de cette année 2018 : Les ferrofluides fleurs de la fantasque québécoise Klô Pelgag et Besos en Guerra du groupe colombien Morat. Si vous êtes curieux, je ne puis que vous conseiller de faire découvrir à vos charmantes oreilles ces sympathiques mélodies.

Or, en ce mois de juin, mon esprit semble aux prises avec une grande cacophonie due, sans le moindre doute à une actualité tonitruante et riche en fausses notes. N’entendez-vous pas les dissonances qui émanent du concert des Nations ? L’ensemble orchestral s’enraye et, plus que jamais, chacun joue sa partition. Pire, en matière de corde, le premier violon, premier de cordée qui ne rêve qu’à des aventures en solo, semble hors de contrôle. Hélas pour nous, vu sa place, c’est une gageure que de vouloir le faire taire. En revanche, rien ne nous oblige à l’écouter, à le suivre et à l’embrasser. Je rêve d’entendre de nouveau s’élever, au-dessus de la mêlée, la voix d’une France majestueuse, ce chant de tête, voix de fausset, fait d’ampleur et de mesure, de bonne grâce et de dignité. Mais pour le moment, mon pays qui depuis dix ans maintenant souffre d’une extinction de voix, cherche encore sa voie et se trompe en pensant la trouver derrière l’erratique américain. Mais gardons espoir, peut-être que la France endormie se réveillera d’ici peu.

Or, à l’intérieur de notre beau pays, toute musique n’est pas que concorde. Les cris du Bataclan se frayent encore un chemin jusque dans nos cauchemars tandis que nos compatriotes s’écharpent autour de sa programmation automnale. Je n’ajouterai pas ma voix éraillée à ce brouhaha général. Ces soubresauts d’une actualité capricieuse, rendue plus folle encorepar l’accélération de la circulation des informations via les réseaux sociaux et les chaînes en continue, me fatiguent. Je rêve désormais plus souvent à la musique de chambre qu’à la transe du dancefloor.

Heureusement, depuis quelques jours la clameur des supporteurs emplit les stades. Heureusement, la fête de la musique s’annonce. N’est-ce pas une invitation à sortir, à vivre ? Lorsque les bruits du monde alentour enflamment nos oreilles, il me semble de bon ton de tourner le bouton et d’écouter ailleurs.

Je me suis ainsi décidé à partir en quête des trois petites notes de musique qui ont plié boutique au creux du souvenir. Pour retrouver un tempo allegro il est parfois nécessaire de prendre un peu de recul. Vous conviendrez certainement à la lecture de ce papier qu’il est délicat de se renouveler tous les quinze jours, de trouver, au beau milieu de l’écume des jours, la promesse de l’aube à venir. Ainsi, cette chronique de fin de saison vient clore l’épisode de chroniqueur, cadenceur du temps qui passe, au Journal du Gers. C’est avec un immense plaisir que durant un an j’ai dépeint l’actualité , à ma manière, avec une entière liberté de ton et d’opinion. Je remercie donc Marcel Lavedan, mon passeur de mots pour son soutien et ses encouragements. Je remercie plus largement l’équipe du Journal du Gers, une équipe de bénévoles qui aiment notre Gascogne et s’attachent par leurs écrits à faire vivre cette terre qui nous est chère. J’avoue également avoir été très honoré de voir pendant une année mes chroniques côtoyer les sublimes Petites Parenthèses de Marielle Fourcade. Bref, je remercie de tout cœur cette belle équipe et leur souhaite bonne route.

Au point où j’en suis, je termine cet épisode, digne de la cérémonie des victoires de la musique, en remerciant mes parents pour leur soutien. Je viens de terminer un livre que je vous conseille vivement : Le Livre de ma mère d’Albert Cohen. De cette lecture, absolument bouleversante, je retiens que nous ne disons jamais suffisamment aux gens qui nous sont proches à quel point nous les aimons. Alors, j’assume la mièvrerie de mes propos et leur transmet tout mon amour.

Je remercie enfin mes deux relecteurs de chroniques pour leurs suggestions toujours pertinentes et leur correction attentive : Aymeri, Stefan, je vous suis pleinement reconnaissant.

Merci enfin à vous tous, pour vos lectures critiques et attentives. Un texte, quel qu’il soit, ne vit que par ses lecteurs.

Il est temps et sonne l’heure. Je vais mettre en sourdine mes réflexions sur l’actualité et ressortir, doucement, sur la pointe des pieds. Une ultime requête néanmoins. Maestro : Musique !

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Image de une: Concert d’oiseaux, Frans Snyders, vers 1630

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