Plaisance, une commune au fond du gouffre

Plaisance-du-Gers, magnifique village gascon (et promis, je dis cela sans le moindre chauvinisme) est un écrin merveilleux pour quiconque désire passer quelques jours de villégiature, à l’image de notre Gascogne qui fourmille de propositions aussi alléchantes les unes que les autres en cette période estivale. Elle propose aussi une vie douce et agréable pour tous ceux qui ont la chance d’y vivre. Pourtant, elle vit sur une bombe à retardement. Au bord du gouffre ; au fond du gouffre. Et croyez-moi, ce gouffre est loin d’être aussi bucolique que le trou de Bozouls en terre aveyronnaise.

Cette bombe, elle porte un nom : finance. Oh, point de bitcoin ou de traders étourdis de cocaïne aux abords du pays de cocagne. Ce qui menace les Plaisantins c’est une dette abyssale, un contrat signé avec inconscience et un attentisme mortifère.

Profitant de quelques jours de repos, je suis allé quérir en mairie les documents budgétaires de ces trois dernières années. Pour varier les plaisirs, j’ai entrecoupé cette lecture d’un rapport de la Chambre Régionale des Comptes rendu public en août 2017. Bilan de la lecture : catastrophique ! Je ne parle pas de la prose des auteurs mais bien des informations que j’y ai trouvées.

Sous les mandats successifs de Régis Soubabère, la dette de la commune a plus que doublé. Au 31 décembre 2018, elle atteint très exactement 2 863 499,16 € soit plus de 1900 € par habitant et à cela s’ajoutent les intérêts de la dette qui culminent à près de 100 000 € par an. Contrairement à ce qui a pu être sous-entendu par la municipalité actuelle, la baisse des dotations attribuées par l’État sous les quinquennats précédents, si elle réduit les recettes n’est nullement génératrice d’emprunt. Cette situation traduit-elle les difficultés des communes chefs-lieux de canton en zone rurale ? Que nenni, une comparaison avec Riscle et Marciac, communes semblables suffit à écarter cette hypothèse : la dette de Plaisance représente plus de deux fois la dette de Riscle, plus de six fois celle de Marciac.

Autres différences majeures : la réactivité et la recherche de subventions. La municipalité plaisantine n’est semble-t-il pas connectée à la 4G car elle reçoit les informations avec énormément de retard. Ainsi en est-il de l’opération Bourgs Centres Occitanie initiée en 2017 et devant s’achever en 2021. Jusqu’en 2019, Plaisance n’a pas été capable de candidater. Pire, alors que sa situation financière calamiteuse nécessiterait de combler le déficit en deniers par un sursaut d’idée, le maire n’en a pas. Alors, il en achète et diligente en 2019 des études afin de pouvoir monter le dossier, sûrement en 2020 alors que la course s’achèvera un an après. Coût de l’opération frais d’études en 2019 ? 16 000 € votés au budget.

Mais il en est de même dans la recherche des subventions. Ainsi de la dotation d’équipement des territoires ruraux (DETR). Alors qu’en 2019 la commune budgète 229 000 de dépenses d’équipement, elle ne touche aucun centime de cette dotation. Marciac devrait en revanche obtenir 167 000 € pour deux projets, Riscle 405 000 € pour cinq dossiers retenus.

À ce niveau d’incapacité de la municipalité plaisantine en général, de son maire en particulier, je vous avoue que durant quelques instants j’ai presque regretté de ne pas être Risclois ou Marciacais. Mais le pire était encore à venir. S’il devait y avoir du pétrole sous la commune, Régis Soubabère l’aurait sans aucun doute trouvé à force de creuser nos comptes et d’hypothéquer notre avenir. Or, point de pétrole et plus d’argent.

Le pire selon moi réside dans l’opération menée pour construire la nouvelle gendarmerie. Cette opération est analysée dans le menu détail par la Chambre Régionale des Comptes. La Chambre pointe le degré d’amateurisme et d’impréparation du dossier. La commune de Plaisance a en effet souscrit un crédit-bail sur 30 ans : chaque année, alors qu’elle reçoit de l’État locataire 85 000 €, elle payait à la société détentrice du crédit une annuité de 97 000 €… qui augmentait chaque année de 2,15 %. Ajoutons à cela les charges diverses qui s’élèvent selon la Chambre à 8700 € par an. Le calcul est vite fait et dès la première année, la commune a perdu 20 700 €. En 2017, 10 ans après la signature, la redevance versée par la commune s’est élevée à 129 966 € ; soit pour l’année, une perte sèche de 53 000 €. Exsangue, la municipalité a renégocié le contrat… et allongé la durée de celui-ci de 9 ans et 10 mois. Imaginons désormais que les gendarmes quittent Plaisance avant 2047, fin du contrat du crédit-bail : l’État ne verserait plus de loyer mais la commune demeurerait engagée.

Les Plaisantins doivent connaître cette situation délétère et se reprendre en main. Bien sûr, la matière budgétaire est aride et je félicite les lecteurs arrivés au terme de cette litanie de chiffres. Mais ces chiffres correspondent à une réalité qu’il convient d’affronter. Cette situation, fruit d’un traitement nonchalant et de lacunes évidentes, doit être appréhendée avec sérieux. À titre personnel, je suis prêt à m’engager pour arrêter l’hémorragie. Mais en attendant, à la fin de ma semaine gasconne, au beau milieu de nos finances moribondes, je songe à Paul Valéry et à son Cimetière Marin :

Le vent se lève !… Il faut tenter de vivre !

Et en Gascogne, après une pluie bienvenue sur un sol chaud, le vent bruisse de mille rumeurs, agite les esprits et fait marcher les paralytiques. La vie est encore là. Et cette espérance porte nom : champignons !

3 commentaires sur “Plaisance, une commune au fond du gouffre

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  1. Bientôt Plaisantine après avoir été Marciacaise!
    Élections prochaines pour réagir , on a toujours le devoir et le pouvoir de faire changer les choses si on s’y intéresse! Merci pour ces informations 😉

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  2. Faut comparer ce qui et comparable : Riscle abrite le siège du semencier Vivadour, qui est donc un gros fournisseur de ressources fiscales, sans compter que c’est un des rares pourvoyeurs du coin en jobs relativement correctement rémunérés. Marciac, de son côté, profite des retombées de son festival. Il semblerait que le prix de la pierre y ait bien flambé. Niveau ressources fiscales, ce n’est pas du tout le même scénario que Plaisance.

    Après, ça n’enlève peut-être rien aux erreurs de gestion. Cela dit, on a beaucoup bourré le mou des petits villages avec la «manne» touristique d’une base de loisir, en omettant de préciser que le tourisme, finalement, se concentre de + en + sur 1 mois par an, que les infrastructures, elles, doivent être entretenues toute l’année pour ne pas perdre en attractivité et que ça ne crée que des emplois saisonniers le plus mal payés possible (autrement dit, des trappes à pauvreté)…

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    1. Je compare bien ce qui est comparable car les ressources des communes reposent, en dehors des dotations de l’Etat, sur une fraction de la taxe d’habitation et des taxes foncières. Les taxes ayant pris la succession de la taxe professionnelle (contribution économique territoriale et la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises) abondent les epci, le département et la région. Ainsi l’exercice de gestion communal est bien comparable entre les trois chefs lieux de canton de la rivière basse.

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