Très cher budget (3)

Le Prince de Gascogne

 

Je vous l’avais confié dans mon premier article, je regrette sincèrement que la Gascogne n’ait pas une famille régnante à sa tête. J’entends déjà certains rabat-joie crier à la dépense fastueuse et inutile. Je leur dirai simplement qu’une famille régnante coûterait aussi cher que l’équipe du Président Martin avec un avantage néanmoins : nous serions prévenus !

Oui, tel le lierre parasite qui circonvient un tronc et se nourrit du support pour assurer son profit personnel, nous avons à la tête du département, des personnes qui ignorent ce qu’est l’argent public et qui, dégustant des brioches à longueur de journée, sont assez aimables pour demander, via le revenu de base, l’octroi d’un quignon de pain à tout pauvre Gascon.

Je pensais naïvement que le Président du Conseil Départemental ne disposait que de son indemnité (soit, en droit, un maximum de 5512,13 euros mensuels) pour vivre mais je découvre qu’il n’en est rien. Ainsi, il convient d’ajouter des frais de représentation d’un montant moyen de 504 euros mensuels sur la période étudiée. J’ai bien évidement demandé si une délibération recensant ce qu’il est convenu d’entendre par « frais de représentation » avait été prise et je ne manquerai pas de la communiquer lorsque je l’obtiendrai.

L’indemnité versée ressemble de plus en plus à de l’argent de poche lorsque nous comprenons que les repas (et sûrement le logement) sont pris en charge par la collectivité. En effet au compte 6232 dont l’intitulé est non-équivoque (« fêtes et cérémonies »), nous voyons s’aligner une longue litanie de dépenses de nourriture avec pour destination « la résidence ». Sur la période étudiée, ces frais s’élèvent en moyenne à 1796 euros mensuels. Là aussi, j’ai demandé le nombre de repas quotidiens et mensuels réalisés par la cuisine de « la résidence » et la qualité nécessaire pour pouvoir prétendre goûter à ces victuailles. Sans aller dans le détail, je puis vous garantir que les amateurs de bonne chère s’y retrouveront : poissons fumés, produits bio, charcuteries et viandes variées, canards gras, armagnac et même de la truffe (467 euros pour 2018) en période de fête. Et comme pour toute bonne table qui se respecte, l’alcool coule à flot. Symptomatiques sont ainsi les dépenses d’alcool effectuées pour 4877 euros sur le dernier semestre 2015. Une question se pose néanmoins : les convives de « la résidence » souhaitent-ils concurrencer les suicidaires de La Grande Bouffe ou le successeur de Philippe Martin trouvera-t-il dans les soubassements de la résidence une des caves les mieux achalandées du département ?

Quoiqu’il en soit, le président Martin peut avoir le sourire, le Gers a été pour lui bien plus qu’une terre d’accueil, une véritable terre promise. Ainsi, dans sa grande générosité, ne regardant pas à la dépense, le département, c’est à dire nous tous, remboursons allègrement ses repas à Marciac lors du festival (et lorsqu’une dépense de 172 euros indique trois couverts, il me semble que nous sommes plutôt généreux) ainsi que ses banquets en terre parisienne notamment lors du Salon de l’Agriculture. Lorsque l’ancien ministre a une audience au ministère, cela coûte 1502 euros au contribuable. Lorsqu’il profite des fêtes de Saramon, c’est la collectivité qui trinque à hauteur de 300 euros. De même, lorsque les élus montent à Paris, il faut bien les divertir. Quoi de mieux que d’aller au théâtre ? Et puis, même si symboliquement la dépense est terrible, que sont 227,76 euros d’achat de billets pour un bon moment passé avec Nathalie Dessay qui s’essaie aux planches ? Une peccadille !

Alors, certes, depuis la petite chaumière gersoise, ces dépenses fastueuses d’un prince qui n’assume pas son nom, d’un président profiteur, paraissent choquantes mais depuis la chambre d’un hôtel quatre étoiles sur les Champs Élysées, Monsieur Martin vous assurera sans ciller qu’il n’agit que par intérêt pour le bien commun. Oui, ne relisez pas la phrase précédente, je vous confirme que lorsque le président va voir flotter les marchés ou qu’il écume les allées du Salon de l’agriculture, il lui faut rien de moins qu’une chambre à  l’hôtel Klepper pour récupérer. Ainsi, trois jours de marchés flottants en septembre 2017 ont nécessité la location d’une chambre pour 1662,40 euros. Cinq mois plus tard, bis repetita avec cette fois une facture de 2561,18 euros. De grâce Monsieur Martin, pour les marchés flottants qui auront lieu dans quelques jours, montez en caravane !

Mais le cynisme politique ne s’arrête pas là. Défenseur de la veuve et de l’orphelin, Monsieur Martin contre-attaque le gouvernement lorsque celui-ci touche aux emplois aidés : depuis Lombez, le Président parle à la presse et cela coûte 420 euros aux Gersois. Tel est le modique prix de la charité. Mais je suis mauvaise langue car le conseil départemental sait se montrer très généreux et multiplie les cadeaux lorsque des personnalités extérieures au département viennent nous rendre visite. Ainsi, Manuel Valls qui repart avec foie gras et armagnac, Dominique Bussereau qui a eu la bonne idée de vanter en tant que président de l’Association des Départements de France l’action numérique du Gers se voit attribuer 534 euros d’armagnac. Ne nous trompons pas, tous les cadeaux ne sont pas pour des stars de la politique. Ainsi, lorsque viennent des représentants de Seine-Saint-Denis (340 euros), du Gard (244 euros) ou de Lozère (586 euros), ils repartent les bras chargés ou, pour la Lozère, le ventre plein. En revanche, lorsque la ligne politique ne correspond pas à celle du département, nous sommes tout de suite bien plus avares : Edouard Philippe, Jean-Michel Blanquer ou Gérald Darmanin n’ont semble-t-il pas eu de cadeau du département…à moins que, pour une fois, le président ait pris sur ses deniers personnels ? Le Gers ne saurait discriminer ses visiteurs: soit nous offrons à tous un souvenir soit nous ne le faisons à aucun….mais nous ne pouvons souffrir d’offrir seulement aux amis du président.

Les questionnements, zones d’ombres ou incongruités demeurent sur de nombreux points mais avant de laisser tomber la plume, un ultime mérite d’être soulevé. Lorsque Benoît Hamon, candidat a l’élection présidentielle est venu dans le Gers, le département a dépensé 923 euros pour la course landaise et le repas. Les autres candidats à la présidentielle n’ont pas eu droit à cet accueil lorsqu’ils sont venus dans notre belle contrée. Alors, le Gers a-t-il payé la soirée à Benoît Hamon ? Auquel cas ce dernier l’a-t-il mentionné dans son compte de campagne ? Dans le cas contraire, pourquoi la venue d’un présidentiable occasionne pour notre collectivité une dépense de près de mille euros ?

Notre beau département est bien aux mains d’une faction qui le dessert, un groupuscule qui, sous couvert de beaux sentiments, pioche allègrement dans nos caisses. La presse locale, complice, ferme les yeux et relaye la propagande. L’opposition, au lieu de contrôler l’exécution du budget, s’assoie autour de la table et apporte sa bénédiction. Le sursaut ne pourra venir que d’un réveil citoyen. Et c’est à chacun d’entre nous de se montrer vigilant et de faire preuve d’esprit critique.

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Image de une: Louis XVI en costume de sacre, Joseph-Siffred Duplessis, 1777.

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