Très cher budget (2)

Tête de gondole

 

 

Je vous propose aujourd’hui de poursuivre notre chemin au sein du conseil départemental en listant une série d’opérations de communication qui, de prime abord, paraissent pour le moins étonnantes. Mais commençons en premier lieu par une bonne nouvelle : le conseil départemental fait des efforts. En effet, la période de Noël et du début d’année, particulièrement propice à un supplément de dépenses est sujette à économie…du moins lorsqu’il s’agit du personnel. Il en est ainsi des vœux qui ont vu leur facture diminuer de 8,6 % passant de 7000 euros en 2016 à 6400 les années suivantes. Il en est de même du budget chocolat qui passe de 2168 euros pour le Noël 2015 à 869 au Noël suivant. En revanche, d’autres postes de dépenses ne connaissent pas la même cure d’amaigrissement. Ainsi, le Conseil Département réalise chaque année des « Gers Box », boîtes cadeaux garnies de produits locaux pour un coût dépassant désormais les 6000 euros. J’ai demandé au conseil départemental -demande en attente de réponse- le nombre de boîtes réalisées et la qualité des heureux bénéficiaires. Je tiens donc, d’ores et déjà, à indiquer que si ces boîtes sont des présents faits au personnel du conseil départemental, ce dont je doute,  je n’ai rien à y redire. Mais si seuls quelques happy few y ont droit, mon positionnement est tout à fait différent et une explication s’imposera.

Médecin malgré lui

Comme esquissé supra, au département, ce qui compte, c’est la communication. Et s’il y a bien un domaine où je fus surpris c’est celui de la question médicale. En effet, j’ai toujours considéré que cette question était cruciale pour notre département et que sa solution devait passer par une action nationale, les collectivités locales, dans leurs efforts de recrutement, ne pouvant qu’entrer en concurrence les unes avec les autres. Or, ce n’est pas sur le champ législatif que notre ministre et député a voulu agir mais bien sur celui, plus visible, quoique moins efficace, de l’action départementale. Ainsi, ce ne sont pas moins de 35000 euros qui ont été dépensés par le conseil départemental dans son accueil des internes (qui venaient déjà en stage dans le Gers avant ce programme) et son opération de communication. Le conseil départemental croit-il vraiment que c’est en donnant du foie gras et en payant des articles dans le journal qu’il favorisera l’installation des médecins ? D’ailleurs, quelle est la fréquentation du site qui a coûté 11448 euros ? N’était-il pas plus judicieux de relayer les informations et les besoins déjà transmis par l’Agence Régionale de Santé ? Ou alors pourquoi ne pas avoir opté pour un onglet moins dispendieux sur le site du département ? Une certitude, voici de l’argent inutilement dépensé dans le Gers pour pallier l’inaction du parlementaire à Paris. Nous sommes donc doublement victimes.

La presse locale, un contre-pouvoir ?

Dans le cas du Gers, cette question apparaît tristement comme une question oratoire piteusement vaine. En effet, chaque pas des conseillers départementaux de la majorité, chaque action du Président et même les articles relayant les séances publiques du conseil sont transcrits de façon sirupeuse. Pas de contrepoint mais un objectif complaisamment braqué en permanence sur notre exécutif départemental. A titre personnel, la découverte des milliers d’euros versés par le département à l’Occitane de publicité, régie publicitaire de La Dépêche du Midi peut fournir un commencement d’explication. Ainsi, sur 2018, plus de 33000 euros sont déjà allés abonder les caisses du groupe et tout porte donc à croire que la somme de 66163 euros dépensés en 2016 sera quasiment égalée. Nous pouvons aisément imaginer le désarroi des journalistes de la rédaction locale de La Dépêche, écartelés entre leur devoir d’obéissance au titre qui les paie et leur soif de liberté. Quoiqu’il en soit, là où la collusion entre la presse et le pouvoir y gagne, le débat y perd.

On ne devrait jamais quitter Montauban

Qui ne connaît pas cette réplique de Lino Ventura dans les Tontons flingueurs, rechignant à quitter son sud pour gagner la capitale ? Dans le Gers, rien de tel, bien au contraire ! Chaque occasion semble bonne à aller dépenser notre argent à Paris qui ne cesse, tel les sirènes de l’Odyssée, d’attirer nos élus. Or, en Gascogne, le président n’a pas eu la prévoyance d’Ulysse qui s’était attaché au mât du navire pour ne pas succomber au chant mélodieux. Chez nous, premier de cordée, il montre la voie de la dépense publique et du profit personnel. Et depuis qu’il n’est plus député, le budget explose. Trois manifestations attirent les élus gascons : les Marchés Flottants, les Vendanges de Montmartre et le Salon de l’agriculture. Pour les Marchés Flottants, les 6726 euros dépensés en 2016 (repas, logements, frais divers) ne semblent être qu’une goutte d’eau comparés au 24961 dilapidés l’année suivante. Au vu de l’augmentation, je crains le pire pour cette année. Les vendanges, après avoir coûté 24000 euros en 2015 oscillent désormais plus modestement autour de 15000 euros. Enfin, le Salon de l’Agriculture bat tous les records. Cette année, il semble s’être apparenté à une grande colonie de vacances aux frais des Gersois qui y ont perdu ainsi 40599 euros. À noter que je ne parviens pas à imputer une dépense de 98548,20 euros ne sachant pas si elle se rattache au Salon de l’Agriculture ou au budget participatif dont nous parlerons infra.

Ces vadrouilles parisiennes sont-elles légitimes ? Le département doit-il assurer le train de vie des nombreux élus qui s’y rendent pour promouvoir notre région sûrement mais aussi, sans nul doute, pour profiter de bons moments ? Pourquoi ne pas avoir recours aux grilles de défraiement ? Le conseil départemental est bien une des rares entités à rembourser l’intégralité des repas et des nuitées et ce quel qu’en soit le coût.

Réinventer

L’an passé, le président du Conseil Départemental a surpris son monde en détaillant un vaste plan de communication, pardon ma plume a fourché, je voulais bien sûr dire un vaste plan de renaissance politique et citoyenne intitulé « réinventer ». Du budget participatif qui en est la figure de proue, au revenu de base que le Gers souhaite expérimenter en passant par une association plus étroite avec une opposition qui au fil des votes semble vouloir intégrer le groupe majoritaire, les sujets esquissés sont nombreux. Sur ce point, la main stratégiquement tendue par le Président du Conseil Départemental s’est refermée comme un piège sur l’opposition. Cette dernière, ne se sentant sûrement pas en mesure de mieux faire, vote désormais le budget du département main dans la main avec la majorité. Certes, sur l’intégralité du budget, de nombreuses dépenses apparaissent comme obligatoires mais c’est justement sur le faible pourcentage qui demeure que le contrôle est indispensable. Las, l’opposition,  avec à la tête de la commission des Finances un Michel Gabas trop heureux d’obtenir enfin un poste avec un peu de notoriété, préfère couvrir les faux pas de l’exécutif départemental, soit, au choix, par complicité ou par incapacité à les déceler.

Quoiqu’il en soit, à l’heure actuelle, en dehors du budget participatif et de la symbolique présidence de la commission des finances, nous n’en sommes encore qu’au stade des réflexions et des images…et pourtant 25000 euros ont déjà été dépensés en pure communication.

Le budget participatif gersois

Je consacre le dernier point de mon article à ce projet qui s’apparente à mes yeux à une vaste escroquerie démagogique. Ce BPG comme il est fréquemment baptisé usurpe le nom de budget et n’a pas grand-chose de participatif. En effet, il ne s’agit pas de co-construire le budget du département qui aurait été, pour le coup, un ambitieux projet nécessitant au préalable non pas un plan de communication mais un plan pédagogique afin d’expliquer la création d’un budget, de définir les dépenses et les recettes fixes et de décider ensuite comment employer les fonds disponibles. Ici, il ne s’agit que d’une enveloppe qui sera divisée en de nombreux petits projets. Bref, une part de gâteau à se partager et autour de laquelle les citoyens peuvent s’amuser, une chasse aux subventions pour des communes ou des associations tout au plus.

Pire, cette opération communication, qui n’est même pas encore achevée coûte extrêmement cher. Rappelons que la somme en jeu est d’un million d’euros. Or, au 31 juillet 2018, 167 866,55 euros avaient été déjà dépensés en location de salle, repas, agence de conseil et autres tracts ou urnes. Pour connaître le coût global de l’opération, il faudrait ajouter le salaire et les charges des trois personnes, dont une avec le statut de directrice directement rattachée au directeur général des services, qui travaillent sur ce sujet. Ainsi, sans même avoir distribué le moindre euro, l’équivalent de 20 % de la somme allouée a déjà été dilapidée.

Le survol de quelques comptes du budget du département nous permet de nous rendre compte qu’au-delà du bien commun, quête légitime s’il en est, la structure telle qu’elle fonctionne aujourd’hui est largement orientée vers la communication à des fins de réélection et de jouissance personnelle. Nous n’avons donc plus affaire à une assemblée d’élus mais bien à une société coopérative d’exploitation des Gascons.

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Image de une: Narcisse, Le Caravage, 1598

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