Gisèle Biémouret, la rose au coeur

 

Il pleure dans mon cœur

Comme il pleut sur la ville

 

Gisèle Biémouret aime-t-elle Verlaine ? Il faudra songer à le lui demander. En ce 1er février, je roule pour Condom. Les actualités sont maussades. La pluie est partout. La brume pénétrante qui s’est installée sur la France depuis le début de cette année m’enveloppe. L’eau imprègne les campagnes, grossit la Garonne et fait sortir la Seine de son lit. Pire, l’humidité s’immisce dans le cœur des gens ; tous de noir vêtus. Quand je vous disais que la mélancolie de Verlaine était contagieuse ! À moins que ce ne soit un signe d’admiration pour l’immense Barbara ? Mais que Madame Neto ne m’en veuille pas, je parle ici de la chanteuse.

Gisèle Biémouret, sobrement, m’accueille en noir. Seul son foulard bariolé vient apporter une touche lumineuse.

 

C’est ma première rencontre avec celle qui, depuis 2007, représente le nord du Gers au Palais-Bourbon. Et je suis surpris. Loin de l’image de l’homo politicus dominant et sûr de lui, Gisèle Biémouret m’offre le profil d’une personne abordable et simple. Ici, aucune photographie représentant la maîtresse des lieux avec un puissant de ce monde ne vient écraser le visiteur. Pas de faste, point de luxe, seulement le nécessaire.

 

Gisèle Biémouret m’invite à prendre place dans un fauteuil en osier blanc et, au lieu de s’installer en majesté de l’autre côté de la table, elle se place, amicalement, à mes côtés. Derrière elle se trouve un grand cadre représentant l’hémicycle de l’Assemblée Nationale lors du premier mandat de la députée en 2007. Pensez-vous la trouver au premier plan ? Que nenni ! Respectueuse des us et coutumes de notre monarchie républicaine, cette place d’honneur est réservée au détenteur du perchoir, Bernard Accoyer. Une vue perçante et un regard de lynx sont alors nécessaires pour débusquer notre députée au fond de l’hémicycle, en haut, à gauche.

 

Je me retourne à la recherche d’un portrait à son effigie. Sans succès. Un seul cadre semble compter à ses yeux. Durant notre entretien, elle élèvera son regard à de nombreuses reprises dans sa direction. C’est une photographie en noir et blanc saisissant Pierre Mauroy en 1997 venu soutenir à Auch les candidats socialistes de l’époque : Claude Desbons et Yvon Montané. Gisèle Biémouret n’est pas sur la photo. Celle qui sera quelques semaines plus tard assistante parlementaire de Yvon Montané s’active en coulisse. Tandis que certains, Rastignac des temps modernes, sont prêts à tout pour parvenir à leurs fins, Gisèle Biémouret est restée, elle, fidèle à Flaubert, un cœur simple. Et les dorures de notre République n’y ont rien changé.

 

« Je suis en colère. » Sa mâchoire se crispe. Mais, bien plus que la colère, son regard trahit une certaine peine : la tristesse de la militante bafouée. Oui, Gisèle Biémouret est en colère. Elle en veut à ceux qui, par égoïsme et calcul personnel ont sabordé le quinquennat précédent. Elle regrette ainsi d’avoir perdu une occasion d’améliorer notre monde, pour de bon. Oublier le collectif, voilà ce que la présidente du XV parlementaire ne peut pardonner. Pour qu’un groupe soit fort, il doit être loyal et fidèle. Soutien farouche de Martine Aubry depuis que cette dernière s’était impliquée personnellement pour sauver en 1999 les 47 emplois de la clinique Barthélémy à Auch, elle a tout fait pour que le quinquennat de François Hollande soit une réussite. Cette loyauté lui est d’ailleurs reprochée par certains de ses camarades qui, me dit-elle, « me trouvent trop à droite ». Le merle sera, décidément, toujours moqueur. Pourtant, membre de la commission des affaires sociales, défenderesse ardente de la prime d’activité, elle n’a eu de cesse, avec constance et persévérance, de se battre depuis 2002 pour les exclus et les plus faibles.

C’est d’ailleurs parce qu’elle reproche au gouvernement actuel de les ignorer qu’elle ne peut soutenir le président Macron. « Hausse de la CSG, de l’essence, du gaz Les comptes ne sont pas bons. Le fossé qui me sépare d’Emmanuel Macron, c’est le fossé de l’injustice. » Pourtant, elle me confie l’avoir beaucoup apprécié lors de son passage à Bercy. Elle aimait son volontarisme, son optimisme. Je suppose que si elle ne l’a pas suivi à l’époque, c’est par fidélité ; au président Hollande bien sûr mais aussi à elle-même. Gisèle Biémouret a la rose au cœur. Fidélité à ses idéaux rocardiens. Fidélité à Yvon Montané malgré son mitterrandisme. Fidélité aussi à Jean-Pierre Joseph président du Conseil Général du Gers de 1982 à 1992. Fidèle, enfin, au socialisme, à cet idéal qu’elle a connu et embrassé lors de son engagement en 1974 tout comme elle demeure fidèle au Gers qu’elle n’a quitté que six ans seulement durant toute sa vie.

 

Cette fidélité a payé. Oui, elle a payé car aujourd’hui Gisèle Biémouret est fière de siéger dans le groupe Nouvelle Gauche, fière de ne pas avoir cédé aux sirènes du macronisme qui, selon elle, se révèle être un individualisme du nouveau monde. Elle est fière d’être libre, fière de défendre les sujets qui lui tiennent à cœur, notamment l’hôpital de Condom et les maisons de retraite. C’est d’ailleurs sur cette thématique qu’elle initia sa carrière politique et sur ce programme qu’elle se fit élire au Conseil Général en 2002. C’est pour moderniser l’hôpital et l’EHPAD de Condom qu’elle s’est battue avec acharnement avant de parvenir à ses fins près de dix ans plus tard.

« Je ne me reconnais pas dans les féministes d’aujourd’hui. Le féminisme de Marlène Schiappa n’est pas le mien. » Le sien est à son image : simple et sans fioriture. Son féminisme c’est, une fois de plus, lutter contre l’injustice, aider les femmes qui souffrent qu’elles soient retraitées, aides à domicile ou caissières. Son combat est là. Il a toujours été là. La preuve en est sa première question orale au gouvernement adressée lors de son premier mandat à Laurent Wauquiez alors secrétaire d’État à l’emploi. Son féminisme à elle ne se déploie pas sur les réseaux sociaux à coup de saillie ou, plus trivialement, de buzz. « Tout cela, me dit-elle, ce n’est que de l’écume. »

 

Fidèle un jour, fidèle toujours. Quel que soit l’avenir de son parti, elle continuera à payer ses cotisations. Mais elle n’exclut pas de se mettre en retrait. Toutefois, elle poursuivra ses combats. D’ailleurs, la veille de notre rencontre, elle était à Montpellier au siège de l‘ Agence Régionale de Santé pour plaider la cause des urgences de l’hôpital de Condom.

 

Que de kilomètres parcourus au son de Radio France ! « Inter le matin puis Info et enfin, Musique en fin de journée. » Opiniâtre dans ses combats nationaux, Gisèle Biémouret respire lors de ses retours en Gascogne. Rencontrer élus et citoyens lors des vœux ou autres manifestations est une bouffée d’oxygène. Promouvoir le tourisme dans le Gers avec son équipe du Comité Départemental du Tourisme qu’elle préside est un bienheureux moment d’évasion.

L’entretien se termine et j’entends, dans la salle d’attente, des personnes qui trépignent. Les consultations se poursuivent. « Je reçois tous ceux qui en font la demande » m’indique-t-elle. Ce n’est pas une députée que j’ai rencontrée mais une militante de terrain sincère et dévouée au Gers et à ses habitants.

Ah oui, j’oubliais, une dernière question : aimez-vous Verlaine ? L’interrogation la trouble quelque peu, puis, dans un sourire, elle me confie être sensible à sa nostalgie, à ses sanglots longs, des violons, de l’automne.

Je ressors. Le soleil luit. Le printemps n’est plus loin. Clément remplace Verlaine.

J’aimerai toujours le temps de cerises

et le souvenir que je garde au cœur

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Crédit Photographique: Mathieu Delmestre (MD Photographe)

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