Les printemps en été

Le Caire Confidentiel. Dans ce Caire là, nul Hubert Bonisseur de la Bath vantant les mérites du Président Coty à l’horizon mais Nourreddine Mostafa, policier sous le règne du pharaon Moubarak. L’Égypte de 2011 n’est plus le nid d’espions décrit avec malice par Michel Hazanavicius même si le film de Tarik Saleh est toujours riche en matière de femme fatale.

Ce film noir entremêle avec brio la petite et la grande histoire d’une Égypte gangrenée par la corruption et au bord de l’implosion. L’argent roi règne en maître absolu. Des entrepreneurs bien en cour amassent des fortunes à faire rougir les riches occidentaux tandis que des émigrés soudanais sont réduits à un état de quasi-esclavage. Mais le vent se lève. La place Tahrir, à proximité de laquelle un meurtre a été commis voit le peuple, descendant de Cléopâtre, affluer. Nous sommes en janvier 2011 et Hosni Moubarak, au pouvoir depuis trente ans, compte ses derniers jours à la tête du pays.

Au-delà de l’œuvre de fiction de grande qualité, ce film, livré au cœur de l’été 2017, nous invite à nous souvenir des printemps arabes. Tout a commencé en décembre 2010 dans une ville du centre de la Tunisie, Sidi Bouzid, avec la mort du jeune vendeur ambulant Mohamed Bouazizi. Un mois après sa mort, la révolte du peuple tunisien conduit au départ du Président Ben Ali. Six ans plus tard, la Tunisie vit au rythme de la démocratie et s’est donnée deux présidents successifs : Moncef Marzouki puis aujourd’hui l’ancien ministre de Bourguiba, Béji Caïd Essebsi. Vu d’Europe, le jasmin est en fleur.

L’Égypte a connu un mouvement similaire qui amena au départ de Hosni Moubarak et à l’arrivée au pouvoir, de manière démocratique, des frères musulmans, avec l’avènement de Mohamed Morsi. Les Européens, grands donneurs de leçon, firent quelque peu la grimace en découvrant le résultat des urnes. Dès lors, ils ne protestèrent que mollement lorsque le maréchal Al-Sissi s’empara deux ans plus tard du pouvoir par un coup d’état. Depuis, l’Égypte d’Al-Sissi s’inscrit dans la continuité de celle de Moubarak. La France de François Hollande a vite semblé de nouveau à son aise puisque nos dirigeants se sont empressés d’établir de « bons contacts » avec le nouveau maître du Caire et se félicitèrent des juteuses ventes d’armes et de Rafales.

Trois autres pays arabes connaissent depuis six ans le chaos et la mort. Le point commun entre ces trois pays, c’est qu’ils ont été la proie d’interventions extérieures. Il en est ainsi de la Libye, aujourd’hui divisée et anéantie après l’intervention franco-britannique. Des Français très versatiles d’ailleurs car nous nous souviendrons qu’avant de provoquer en 2011 la chute de Mouammar Khadafi, Nicolas Sarkozy, à peine élu Président de la République avait accueilli avec tous les honneurs l’homme du Livre Vert qui avait pu poser sa tente à l’hiver 2007 dans les jardins de la capitale.

La Syrie, aujourd’hui exsangue, en proie aux stratégies belliqueuses des occidentaux qui, souhaitant s’impliquer sans intervenir directement, ont fourni armes et soutien aux rebelles afin d’équilibrer les forces en présence. Nous connaissons la fin : les divisions entre rebelles, l’émergence de Daech et la mort omniprésente jusque dans Palmyre, capitale mythique de la Reine Zénobie.

Enfin, le Yémen. Peu de gens parlent du Yémen. Cet État de la péninsule arabique qui chassa son Président Saleh en 2012 et le remplaça, sous l’égide de l’Arabie Saoudite par son vice-président Mansour Hodi. Des rebelles chiites, les Houthis, estimant que leur révolution avait été volée, prirent les armes. Et l’Arabie Saoudite déclencha sa brutale opération militaire « Tempête décisive »… qui dure encore.

De ce tableau, nous pouvons décliner trois éléments de conclusion. Primo, l’indignation de la bien-pensance européenne en général et française en particulier est à géométrie variable. Ceux qui poussent des cris d’orfraie devant la supposée connivence de Jean-Luc Mélenchon avec Nicolas Maduro, sont les mêmes qui ont préféré discuter avec le militaire Al-Sissi plutôt qu’avec le président élu Morsi, les mêmes qui jettent un voile pudique sur les exactions commises en interne et en externe par l’Arabie Saoudite et déroulent en France le tapis rouge à ses dirigeants.

Secundo, lorsque des puissances étrangères interviennent au sein d’un pays, elles engendrent plus de désarroi que de félicité. Sous les deux quinquennats précédents, la France a bien disposé de chefs de guerre mais il lui a manqué des bâtisseurs de paix. L’ingérence n’est pas un droit et nous ne devons pas avoir la supériorité de penser pouvoir faire le bonheur des peuples malgré eux. Et d’abord, quel bonheur ? La seule intervention militaire légitime est celle qui a lieu afin de garantir les frontières lorsqu’un État ou un groupe terroriste agresse un État souverain. Espérons donc que le Président Macron conservera en mémoire les leçons de l’Histoire et placera ses pas, en matière de politique étrangère, dans ceux de Jacques Chirac et Dominique de Villepin.

Tertio, à l’heure où le président Américain, par son verbe et son geste, agite le monde, du Venezuela à la Corée du Nord en passant par l’Iran, nous ne pouvons que conseiller aux Grands de ce monde de se détourner de leurs postures belliqueuses et d’aller… au cinéma !

NB : Pour les plaisantins, Le Caire Confidentiel sera diffusé le mercredi 29 août au cinéma Europe à Plaisance.

Pour les toulousains, direction le cinéma ABC !

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