Triste campagne

Sûrement l’influence du temps. Lequel me direz-vous ? Est-ce la pluie fine qui recouvre une partie du pays ou une époque qui préfère le caractère superficiel des slogans à la noble bataille des Idées ?

Dans le précédent billet, j’ai longuement évoqué ce que je pensais des jappellements. Une semaine plus tard, je suis bien malheureux et bien las de la tournure de cette campagne. Qu’avons-nous fait pour mériter un entre-deux-tour si médiocre où invective, hystérie et bêtise se disputent le devant de la scène ? La politique, c’est penser et faire penser. Voilà un chemin qui ne peut s’épanouir dans le climat ambiant où le manichéisme règne en maître. Dans ce monde, Monsieur Macron est le candidat du Bien, Madame Le Pen, celui du Mal. C’est tout. Et c’est un peu court.  Pire, l’anathème est jeté sur tous ces français qui ont glissé un bulletin Front National dans l’urne ou qui s’apprêtent à le faire. Pourtant, en votant de la sorte, ces électeurs qui ne sont ni pires ni meilleurs que les autres expriment une crainte, un malheur, une tristesse du monde tel qu’il est et tel qu’il va. Les raisons de ce vote sont profondes et, au lieu de leur claquer le bulletin au nez, il serait nécessaire de les écouter et de s’attaquer en profondeur aux causes réelles de ce désespoir.

Depuis quelques jours, j’évite la presse et me concentre sur ma radio musicale préférée (merci Fip!). Pourtant, lorsque mon oreille traîne, j’entends un Premier Ministre condamner un candidat laissant ses électeurs libres de choisir, j’entends un ancien maire de Paris toucher, en une fraction de seconde, la fameuse loi de Godwin. Les références incessantes à la seconde guerre mondiale. Et toujours, en tout sens, le bruit sourd des jappellements. Je condamne l’hypocrisie de ceux qui discutaient hier avec Marine Le Pen la considérant comme une adversaire politique et qui se sont réveillés le lendemain du premier tour en voyant en elle une ennemie de la République. Un peu de constance s’il vous plaît !

Alors, comment mener campagne ? A ceux qui usent et abusent de l’invective morale, vous auriez pu dire, comme Cyrano, ô Dieu, bien des choses en somme, en variant le ton, par exemple, tenez :

Polémique : « Madame, trois jours ont suffi à vous faire changer de Président par intérim, combien de temps sera nécessaire pour que vous stabilisiez votre gouvernement ? »

Admiratif : « Madame, je suis de tout cœur avec vous lorsque dans votre engagement 17 vous souhaitez en finir avec le laxisme judiciaire et apporter une réponse pénale ferme et rapide. A quand votre dernière convocation par les juges ? »

Patriote : « Grâce à votre engagement 43, la vague bleue Marine submergera les fraudeurs. Axel Loustau, qui gère les finances de votre campagne, et bon nombre de vos proches soupçonnés d’avoir mis en place un système de financement frauduleux en détournant des deniers des contribuables français savent-ils nager ? »

Avare : « Madame, un sou est un sou. Un euro, un euro. Hier, avec votre engagement 35, un euro est un franc. Mais depuis le jappellement de Monsieur Dupont-Aignan, un euro est un franc mais aussi un écu. Avec vous, demain, combien vaudra mon sou ? »

Flatteur : « Encore mieux qu’un hybride entre Cécile Duflot et Nathalie Kosciusko-Morizet, vous êtes la fée verte des années à venir. En dévaluant notre future monnaie comme le prévoit Bernard Monot, économiste frontiste, le prix de l’essence passerait de 1.40 à 1.80… ce qui aurait l’avantage de réduire les déplacements de nombreux français ! »

Peureux : « Merci Madame pour votre engagement 29 qui permet d’expulser les étrangers fichés S. Mais que faites-vous des français fichés S ? D’ailleurs, sur quels critères le ministère de l’Intérieur inscrit-il cette lettre sur notre fiche ? Peut-on me ficher S ? Allez-vous m’expulser ? »

Enfin, le nec plus ultra dans notre monde d’image :

People : « Madame, avec votre engagement 27 qui supprime le droit du sol, savez-vous que les époux Curie, Serge Gainsbourg, Blaise Cendrars, Marc Chagall, Eugène Ionesco, Romain Gary et tant d’autres n’auraient pas participé au rayonnement de la France ? Même Albert Uderzo, le père d’Astérix, pourtant si français car si gaulois, n’aurait pas eu la nationalité française. Et avec votre engagement 25, il est fort probable que ces illustres personnes aient été reconduites manu militari au-delà de nos frontières grâce à votre vœu de simplification et d’automatisation des expulsions. »

Alors, oui, vivement que cette campagne s’achève. Et j’ose espérer que le prochain locataire de l’Elysée aura à coeur de résorber les fractures françaises, de s’atteler à réduire le malheur de bon nombre de nos compatriotes et à dessiner une nouvelle promesse de l’aube.

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