Hervé Pagès, un regard aiguisé sur notre monde

Rendez-vous est donné au Zeppelin. Pour les esprits navigants, il s’agit du dirigeable. « Nous allons partir en l’air » me réplique alors du tac au tac, mon interlocuteur à l’accent taquin. Le nom parle aussi, à l’évidence, aux oreilles musicophiles. Le projet de Jimmy Page et son groupe, pourtant voué, selon ses détracteurs, à s’écraser tel un ballon de plomb (« lead zeppelin »), a bel et bien pris son envol. A Plaisance, depuis que deux amis ont repris le deuxième bar du village (Plaisance aux deux bastides s’enorgueillit ainsi d’un bar sur chaque place!), ce nom évoque désormais un lieu de convivialité. Stairway to Heaven. C’est un peu la vie d’Hervé Pagès tout çà. La terre vue d’en haut, rien de plus logique pour ce Gascon né en 1944 et qui fut, tour à tour, pilote de chasse puis pilote de ligne.

« Jeune, j’étais la risée du quartier, incapable de garder une vache! » Ah, là, je me suis trompé…contrairement à mon idée première provoquée par le lien aérien, tout n’était pas si évident dans la vie du pilote ou alors le scénariste a fait preuve d’humour. Après avoir parcouru le monde, Hervé Pagès est rentré au bercail, du côté de Peyrusse-Grande et….garde bien souvent les moutons de son fils!

Cette campagne, il la connaît parfaitement. Enfant, il allait à pied à l’école de Bassoues et  il longeait des champs encadrés par de haute haies lui barrant l’horizon. Aujourd’hui, les vaches se font rares, les haies ont disparu et, sur le même chemin, le regard se perd désormais vers un horizon de collines seulement barré par les lointaines Pyrénées. Point de nostalgie pourtant dans ses propos. Un seul regret cependant: le monde actuel, notamment urbain, s’enferme dans un splendide isolement humain duquel naissent, il le déplore, quelques incivilités. « Les gens ne se regardent plus, me confie-t-il. Lorsque je monte sur Paris visiter mon second fils, je constate que les gens ont le regard fuyant ou dans le vide. » Sûrement pour cela que celui qui a vu tant de pays préfère demeurer à présent dans son triangle d’or: Peyrusse, Bassoues, Mirande. Et il ne manque pas d’occupation car lorsque la noble fonction de berger bénévole lui laisse quelques temps de répit, Hervé Pagès se consacre à la transmission des savoirs et à la photographie, ses deux passions.

Lorsque, dans sa jeunesse, il était pensionnaire à Mirande, il avait activement participé, avec le soutien de son professeur de mathématiques, à la création du club photo. Après s’être envolé, c’est presque naturellement qu’il a renoué au début des années 2000 avec ses anciennes amours. Ainsi, il s’occupe aujourd’hui des clubs photo de Bassoues et de Mirande.

Les yeux sont le miroir de l’âme. Si le proverbe dit juste, les siens, d’un incroyable bleu clair traduisent une âme aiguisée à la perfection pour appréhender notre monde. Son regard, parcouru par instant d’un éclair amusé, nous décrypte, s’attarde sur les traits de notre visage à la recherche des sentiments bercés dans notre cœur.

« Il faut de la lumière. Le noir et blanc suffit du moment que la lumière éclaire le sujet. La couleur n’apporte rien…sauf pour les yeux. » Il en est ainsi de ceux, émeraudes, de Sharbat Gula, jeune afghane immortalisée par Steve McCurry en 1984 pour le National Geographic.

Hervé Pagès est un photographe militant. Mi-artiste, mi-anthropologue, il milite pour un droit à la photographie dans le domaine public. « Bien sûr, il ne s’agit pas de poser son appareil dans la chambre à coucher, mais dans la rue, au gré des détours et des rencontres. Certains visages témoignent d’une vie, d’une époque. Les gens sont beaux. » Un conseil pour un jeune photographe en herbe ?  « S’intéresser aux gens. Ne pas redouter de les accoster, de poser son regard sur eux, de les saisir dans notre objectif. Bien souvent les gens s’y prêtent de bonne grâce. »

Je détourne la tête. Le soleil printanier luit généreusement sur la place de Plaisance. C’est jour de marché. Les gens discutent avec entrain. C’est vrai qu’ils sont beaux. Une dame s’approche de nous, le panier garni avec gourmandise. Je laisse Hervé Pagès regagner « sa » campagne avec son épouse. Un dernier regard.

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Si vous cherchez à contempler le travail de l’artiste, je vous conseille vivement de faire un tour sur son site https://rvpages.viewbook.com/

Et, si vous n’avez pas le temps, remontez en haut de cette page et vous verrez la photographie qui m’accompagne depuis 2015 et que je lui dois.

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