Réponse de Jacques Cheminade

Le 20 mars dernier, un courrier était envoyé à l’ensemble des candidats à l’élection présidentielle. Au-delà de la lumière apportée sur notre chère Gascogne, l’objectif de ce message était de pointer nos difficultés et de demander aux divers candidats de ce positionner.

Vincent Crousier, représentant de Jacques Cheminade nous a apporté sa réponse que vous trouverez ci-dessous, in extenso.

 

  1. Aux sources du problème

Le constat que vous faites est l’aboutissement d’un processus qui a commencé il y a une quarantaine d’années, lorsque le monde de la finance a entrepris de détruire l’économie réelle. D’abord au niveau mondial (Fin des accords de Bretton Woods 1971), puis aux niveaux régionaux (Trahison de l’esprit de l’Europe pour la création de l’Union Européenne (ex : constitution Européenne 2005) et nationaux (austérité, jusqu’à loi la NOTRe 2017)

Il ne faut pas se tromper d’ennemi : la situation que vous décrivez qui touche directement le cœur et l’âme des gens est, vous le savez, un cas particulier d’un phénomène plus vaste.

Si la France a connu les 30 Glorieuses et l’équipement du territoire national, c’est pour 2 raisons principales :

1)      Conférence de Bretton Woods de 1944: depuis l’après-guerre, au niveau mondial, les taux de changes des monnaies entre pays étaient fixes. Ainsi les Etats pouvaient s’équiper et se développer en coopération les uns avec les autres, puisqu’ils connaissaient le coût des monnaies, donc des projets à entreprendre. C’est la conférence de Bretton Woods de 1944 qui a instauré ce système.

 

2)      Ce cadre économique international a permis en France 2 choses :

 

a)      Loi du 2 décembre 1945 : elle interdit absolument toute implication de la spéculation dans l’économie nationale . Ainsi, les salaires et le niveau de vie augmentent. Ce fut la Libération.

 

b)      L’émission de crédit productif public par un Etat stratège: d’une part une planification indicative promeut l’équipement de l’homme et de la nature nécessaire au niveau national, et d’autre part du crédit productif est émis en fonction de ces projets. Ainsi il ne vient pas à l’esprit de faire de l’argent rapide grâce à la spéculation comme aujourd’hui, mais il vient à l’esprit de bâtir, construire, développer, équiper le territoire en faisant appel aux technologies les plus avancées, créant de facto des millions d’emplois qualifiés.

 

Cette méthode a permis le développement et l’équipement sur tout le territoire national. C’est ce qui a permis que le Gers soit le territoire flamboyant que vous décrivez.

Comment y fut-il mis fin ? En détruisant le cadre de stabilité décrit ci-dessus :

  1. 1971 : Fin des accords de Bretton Woods -> on peut spéculer sur les monnaies des pays, donc détruire les moyens qui lui permirent de s’équiper.
  1. 1984 en France: fin de la séparation entre les banques de dépôt (nos salaires) et banques d’affaires (spéculation) : la spéculation peut s’emparer de la vie réelle et la détruire.
  1. L’étape supra-nationale pour détruire les communes : la loi NOTRE

Depuis, cette finance folle s’est employée à détruire les fondements de tout ce que vous décrivez dans votre document. L’Union Européenne – qui n’a rien à voir avec une Europe des peuples, des patries et des projets qui, elle, est à refonder – a pris le relais politique et administratif de cette mondialisation financière.

Le grand plan de l’Union européenne, c’est de démembrer l’État et les communes, c’est de faire une Europe des régions, des communautés de communes imposées d’en haut et surtout des métropoles. Dans ces métropoles il y aura des barons féodaux et avec eux, on maillera le territoire en faisant de ces métropoles des pompes absorbantes et asphyxiantes, et le reste du territoire en sera dépendant. On espère ainsi tenir les choses. Ça ne peut pas marcher mais c’est le plan, et ce plan est un plan de destruction. Cf http://www.solidariteetprogres.org/documents-de-fond-7/politique/regionalisme-secessionnisme-federalisme-kohr-europe-fascisme-3467.html

Dans ce cadre, la loi NOTRe est un premier pas. Voyez les choses invraisemblables qu’elle crée : marier la Champagne-Ardenne avec l’Alsace et la Lorraine, c’est délirant ! Clermont-Ferrand, où avait été construite la chambre régionale, est maintenant lié à Lyon qui sera la capitale de région ; on a donc construit cette chambre régionale pour rien, et qu’espère-t-on y mettre maintenant ? D’autres services administratifs sans doute…

Cette loi NOTRe met en place un semblant de changement – ces treize régions – mais en suivant ce plan d’Europe des régions et des métropoles où le pouvoir de l’État et des communes est au moins diminué, sinon abaissé. Pourquoi ? Parce que c’est dans l’État et surtout dans les communes que se trouvent les foyers de résistance au démantèlement financier.

Il faut au contraire alimenter les maires, dans ce qu’ils font et dans leur résistance. Il faut former avec les élus locaux une équipe se substituant au césarisme complice et courtisan.

En bref, aujourd’hui, en réduisant les dotations (DTS) on met les communes dans une situation impossible : avec moins de moyens on leur a transféré de nouvelles charges et on les accuse de trop dépenser ! Ce qui est ainsi remis en cause, c’est le service public à la base de notre pays, la gratuité de l’école et de la santé. Ce sont les gens dans leur vie de tous les jours qui vont être atteints.

Inverser la vapeur suppose une autre politique, rétablissant la justice sociale et le développement mutuel depuis les fondements de notre pays jusqu’à la politique de la France dans le monde – par delà tout jeu politicien. Cf http://www.solidariteetprogres.org/documents-de-fond-7/politique/reforme-territoriale-en-defense-de.html

  1. Que faire ?

Bref, vous candidatez aujourd’hui pour diriger un Etat qui, au lieu d’aménager son territoire, l’assassine jour après jour. Cette interpellation est un cri du coeur, un cri d’alarme.

Le Gers n’est pas la seule victime, ce sont des dizaines de territoires, c’est la France des campagnes qui souffre.

Nous refusons de laisser en héritage des ruines et des ronces aux générations futures.

Alors, quel que soit votre passé, nous souhaitons vous juger sur votre programme et sur l’avenir que vous dessinez pour nos territoires. Sur ces sujets, quels sont vos engagements ?

En tant que représentant de M. Cheminade, j’ai participé le 4 avril au soir à un débat avec 9 autres candidats en direct à la radio de Rodez, CFM radio.

Un thème a été abordé en particulier : la fiscalité. La question était ainsi formulée : quel que soit le candidat qui accèdera à la Présidence de la République, il devra puiser dans nos poches pour assurer le fonctionnement de l’Etat. Comment allez-vous gérer les impôts ?

Tous les candidats sans exception se sont contentés de donner des pistes pour récupérer de l’argent (fraude fiscale, UE, économies à droite, à gauche), ou de déshabiller Pierre pour habiller Paul. Où va-t-on prendre et, surtout, le mantra des débats actuels : combien ça coûte ?

J’ai été le seul à partir non pas de « combien ça coûte », mais de « combien ça coûterait de ne pas faire les investissements nécessaire au pays ».

L’enjeu ce n’est pas « combien coûterait de construire un hôpital ? » Mais « combien ça coûterait aux citoyens de ne pas être en mesure d’aller se faire soigner avec le meilleur des équipements ? »

Le crédit public est, pour l’État, l’arme qui lui permet de prêter en vue de créer une plateforme de développement économique, social et humain à long terme. Cet État stratège et inspirateur doit avoir le privilège absolu d’émission de monnaie et de répartition de crédit. Il investit pour l’avenir et non pour le gain immédiat, en contrôlant une Banque nationale qui doit être administrée par un Conseil national du crédit, rassemblant en son sein les représentants de toutes les forces vives de la nation, et pas seulement des banquiers, des agents du Trésor et des inspecteurs des finances.

Cette institution doit être le chef d’orchestre qui donne le la économique. C’est-à-dire qui oriente le crédit public directement vers le financement de grandes infrastructures et délègue aux banques de gestion de dépôts et de crédit la répartition nationale et régionale des crédits pour les productions industrielle et agricole et les services correspondants.

Les Trésors publics sont ainsi en mesure d’utiliser les avances ou crédits de leur banque nationale ou de leurs pôles financiers publics, à des taux préférentiels, pour l’équipement des hommes et de la nature en vue de créer des plateformes de développement mutuel, à l’échelle d’un pays, d’une zone comme l’Europe ou internationale.

Ce n’est pas le fruit d’une spéculation ou d’un gain rapide qui permet de rembourser le crédit, ni même tel ou tel projet en lui-même, mais le développement général de la ou des nations intéressées, un développement « global », c’est-à-dire économique, humain et social.

Pour résumer les choses, le crédit public, sous le contrôle politique du peuple, est ce qui permet à une société de promouvoir les découvertes de la science et leurs applications sous forme de technologies et de techniques pour le bénéfice du plus grand nombre et des générations futures.

Cela ne pourra avoir lieu qu’après avoir séparé les banques de dépôt des banques d’affaires, afin que le crédit public nouvellement émis ne soit pas siphonné par des intérêts privés.

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